Comme un petit serpent bleu, la petite rivière Vicha entoure sept collines crépues.
Chaque colline ressemble à une toque en mouton. Chaque colline au printemps présente son chœur musical. Chaque colline est une source d'arôme frais des bourgeons collants et des feuilles qui
s'ouvrent juste. Ici, dans les bois de bouleaux, se frayant un passage à travers la verdure arborée, descendaient de la montagne les murs blancs des monastères et sur les vertes plaines herbeuses
s'enracinaient des petites églises basses et arrondies.
Déjà durant les jours de fêtes, les collines bruissaient de sons étouffés et lents. Sur les chemins verdoyants venant des villages alentour et se dirigeant vers les monastères, se traînaient des
files de campagnardes vêtues de larges vestes et de jupes pesantes, démodées, en cotonnade de diverses couleurs.
De la ville, des fiacres couverts de poussière amenaient lentement un pieux intellectuel. Près des murs blancs, des mendiants chantaient en nasillant et des vieilles proposaient des petites croix
et des images saintes aux teintes pâles. Des pèlerins venant de Palestine vendaient à des crédules des bouteilles d'eau sainte et des fragments de la Croix de Jésus. Des gens plus intelligents
vendaient des gâteaux, du kvas, des boucles d'oreilles bon marché, des bagues, des sifflets d'argile, des jouets, des étoffes colorées, des galanteries.
Autour des monastères, pendant les semaines de fête, il y avait aussi la foire avec des arlequins, des manèges, des théâtres de marionnettes, des étals ; la foule s'y promenait et les batailles
entre ivrognes s'y déroulaient. Le matin, les gens se tenaient à genoux dans les églises devenues noires et à moitié sales et l'après-midi, ils se déversaient à la foire, buvaient et se
débauchaient. Le soir, la forêt entendait les trilles joyeuses de l'harmonica et la nuit, en prêtant l'oreille, on pouvait entendre des bribes de cris d'ébriété, un rire cru, les gémissements des
filles terrorisées prises de force.
C'était ainsi.
Mais maintenant, les cloches avaient été enlevées des clochers des églises et les croix ornementées des coupoles. Maintenant, on ne fait plus de service dans les petites églises qui penchent vers
le sol. Il n'existe plus de foire, ni de commerces galants. Il n'y a plus de beuveries ni de bagarres ni de promenade de la foule. Dans les bois tout est tranquille. La rivière bleue Vicha
circule calmement autour des sept collines et dans ses eaux diaphanes se mirent avec obéissance les verts contours des trembles et des bouleaux. Près du bord, des petits bateaux flottent et on
entend au dessus de la surface de la rivière, les voix sonores des enfants.
Dans deux des monastères de Semigorski, on a aménagé des maisons d'enfants. Dans les anciennes cellules, les fenêtres sont ouvertes et le soleil afflue sur les lits propres des enfants et sur les
planchers justes teints en jaunes. Dans l'église les murs sont peints en bleu. Une estrade est posée sur la chaire. Où auparavant arrivait la barbe de Dieu, maintenant se trouve la devise en
aquarelle avec des fleurettes vertes de chaque côté : "Le premier mai, que l'on tende la main aux enfants du monde entier ! "
Sur le bord d'une petite pelouse, on a fait le potager. Dans des ondes régulières, des planches sont justes enfoncées. Entre elles, les enfants courent rapides comme l'éclair. Olga se trouve sur
le petit pont et aide les plus petits à prendre de l'eau dans la rivière. Ses manches sont relevées jusqu'aux coudes. Ses bras ont un peu bronzé. Son visage est coloré et ses yeux regardent avec
gaieté.
- style="color:
fuchsia;">Attention les enfants ! Ne mouillez pas vos pieds, vous allez vous enrhumer !
-
Olga Alexevna, avec Burkin, nous avons fini la parcelle ! Que faisons-nous maintenant ?
L'enfant, comme une souris couverte de sueur, retire sa chemise.
- style="color:
fuchsia;">Bon je pensais à ça justement ! Remets toutde suite ta chemise ! Pourquoi t-es-tu autant dépêché ? Je te l'ai déjà dit ! Va demander tout de suite à Maria Federovna qu'elle te donne
une autre chemise !
Une vieille institutrice vient vers Olga.
- style="color:
fuchsia;">Pourquoi vous inquiéter, Olga Alexevna ? Les enfants ont l'habitude !
Ne l'écoutant pas, Olga crie de terreur :
- style="color:
fuchsia;">Lunia, Lunia, ne porte pas le seau toute seule ! Nicolas, aide la tout de suite !
L'institutrice Alexandra Ivanovna s'assied sur une bûche.
- style="color:
fuchsia;">Certes les enfants aiment et adorent qu'on s'occupe d'eux. Mais, d'un autre côté, on ne doit pas trop le faire. Un enfant doit avoir son autonomie !
Au lieu de répondre, Olga murmure dans sa barbe :
- style="color:
fuchsia;">Aujourd'hui, deux enfants se sont déjà baignés ! Pensez-vous que c'est bon ?
Elle prend l'arrosoir et monte dans le jardin.
- style="color:
fuchsia;">Bon, voilà, les enfants, nous avons effectué avec vous une grande tâche juste avant le premier mai ! Les ouvriers nous remercieront ! Regardez tout le champ que nous avons travaillé
! Maintenant, allons déjeuner et après, ceux qui le désirent pourront encore aider à planter les pommes de terre et alors notre maison d'enfants figurera sur le tableau d'honneur !
Comme une évidence, tous désiraient planter les pommes de terre. Les enfants ont entouré Olga et ils essayent de parler plus fort que le voisin :
- style="color:
fuchsia;">Est-ce que ce soir, on va se promener en bateau, Olga Alexevna ?
- style="color:
fuchsia;">Et j'ai capturé un scarabée, Olga Alexevna ! Un énorme !
- style="color:
fuchsia;">Et j'ai trouvé une petite vitre verte ! Regardez là !
Olga sourit.
- style="color:
fuchsia;">S'il vous plait, regardez, Alexandra Ivanovna ! J'ai trouvé l'Amérique ! Savez-vous, j'ai toujours eu un peu peur des enfants. Et je ne les aimais pas sauf la mienne. Ils me
semblaient tellement désobéissants ! Mais, ici, je les apprécie. Et vraiment, moi-même, je suis devenue une autre personne à ce sujet !
Alexandra Ivanovna la regarde fixement.
- style="color:
fuchsia;">Vous semblez avoir vécu très isolée ? Est-ce que votre mari est très occupé ?
Olga est pensive pendant un moment.
- style="color:
fuchsia;">En général oui ! Mais vous savez, je pense que c'est de ma faute. En regardant en arrière, je sens la peur !
Alexandra Ivanovna est silencieuse sans y prendre garde. Olga écoute le rapide pépiement d'un oiseau, puis soupire soudain suffocant d'extase.
-style="color:
fuchsia;">Entendez-vous comment chantent les oiseaux ? … Sentez-vous comme c'est bon ici ?
Elle sourit franchement mais la vieille institutrice remarque dans ses yeux de la
tristesse.
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander
Komentarioj